• Cheminement

    Une ville au loin

    Des pas s'enchaînaient sur la neige, provoquant un crissement doux. Le froid était vif mais la démarche rêveuse. De petits nuages de buées s'élevaient à intervalles réguliers et montaient vers le firmament.
    Ce sont des étoiles qui brillent là-bas maman ?
    Encore un monde imaginé.
    Ce ne sont pas des étoiles, c'est une ville.
    – Une ville ? C'est quoi une ville maman ?

    Les pas s'arrêtent dans la neige. Les petits nuages cessent un instant de sortir de la capuche de la silhouette révélée par les lueurs de la cité, puis reprennent, alors que les pas repartent d'un mouvement plus rapide.
    Les traces dans la neige dessinaient presqu'un angle droit, comme le coude d'une rivière qui contourne de sa course impassible et interminable un obstacle sur le chemin.

    Poursuivie

    L’orée du bois était plus sombre que la nuit. La neige n’avait pas sa place sous les frondaisons épaisses. Seules quelques feuilles d’un ancien automne crissèrent sous les pas pressés.
    Quelque part au loin, suivant la piste laissée par le voyageur dans la couche glacée, retentissaient des hurlements de bêtes partant en chasse.
    Quels sont ces bruits, maman ? Des chiens ? Ce sont des chiens ?
    Vain espoir dans la voix craintive. Espoir brisé. Ne pas mentir… ne pas…
    Ce ne sont pas des chiens.
    -Qu’est-ce que c’est alors ?

    Silence. L’enfant a peur. L’enfant sait ce que sont les bêtes.
    L’enfant a grandi. Il marche sous les arbres. Ne verra pas la lune, cette nuit. Les arbres… Les bêtes… Ce ne sont pas des chiens.
    Non. Les chiens ne hurlent pas de cette manière-là.

    Dans une forêt profonde

    Les traces dans la neige s’arrêtent à l’orée du bois.
    Derrière l’ombre, une forêt. Dans la forêt, des pas. Des pas sur le tapis de feuilles puis sur la terre glacée. L’obscurité était totale.
    Il fait noir, maman…
    Plaintive enfant.
    N’aie pas peur de la forêt, respecte-là.
    Demande-lui la permission de t’abriter parmi les arbres. Si la forêt le veut, il ne fera plus sombre. Si tu respectes la forêt, si elle t’accepte, alors tu sauras où poser tes pieds.
    Les hurlements se rapprochaient.
    Les yeux de la silhouette, ombre parmi les ombres, s’habituèrent à l’obscurité. Les pas se firent plus sûrs. Tu sauras où poser tes pieds.

    La mort aux trousses

    Les créatures la suivaient de très près. Mais elle marchait toujours, et continuait, inlassable et imperturbable, à enchainer les pas les uns après les autres. Chaque enjambée était un piège, une embuscade, un grand péril, non pour elle, mais pour ses poursuivants. 

    Si la forêt t’accepte, tu y seras chez toi. On n’est pas dévoré chez soi.
    Elle sauta par-dessus un tronc d’arbre, ses racines et ses branches frôlèrent les bords de sa cape.

    Mais s’ils pouvaient quand même entrer ?
    Ils entreront. Ils entreront surement.

    Alors…
    Et ils sont déjà dans les bois.

    Tu devras les laisser mourir.
    Mourir.

    « Comment… ? »
    Chaque obstacle est un piège… pour qui n’est pas chez soi ici.

    « Ils souhaitent bien trop ma mort pour regarder où ils posent les pattes. »