• La Bête - Chroniques

    L’attaque

    La Bête esquissa un pas en direction de sa proie. L'atteindre serait facile... Tellement facile!
    Ses grands yeux sombres se figèrent alors que l'autre suspendait son mouvement. Dans un instant... Un court instant, et le moment de l'attaque arriverait.
    Rien ne pourrait l'en empêcher. Pas cette fois; sa chasse était trop parfaite.
    Ses lèvres se retroussèrent en un sourire morbide. Elle imaginait déjà la chair tendre sous ses doigts, l'odeur sucrée et chaude de son enveloppe charnelle à l'instant où elle se déchirerait. Le craquement des os, peut-être. Il n'était pas rare que ceux-ci se brisent sous la puissance de l'attaque. Réprimant un grondement de satisfaction, la Bête se déplaça d'un mouvement d'épaules vers l'avant.
    Soudain sa proie redressa la tête d'un mouvement paniqué. Elle l'avait enfin sentie... Et ce fut à cet instant que la Bête amorça son mouvement. Rapide. Puissant. Implacable. La proie n'eut qu'une seconde pour apprécier les magnifiques reflets des prunelles de la Bête, avant d'être happée par ses coups destructeurs. Elle mourut avant que son cou désarticulé ne se brise en heurtant le sol.

     

    Hurlement dans les bois 

    Un long hurlement déchira la nuit. Dans le calme de la forêt, il fit l'effet d'un poignard à lame courte enfoncé dans le dos nu d'un homme.
    La Bête tendit une oreille. Sentence de mort ou appel au rassemblement?
    Elle ne connaissait pas cette voix. Peut-être une autre meute avait-elle pénétré les bois, mais encore aurait-il fallu qu'ils traversent le grand marais. Jugeant l'origine du cri suffisamment loin pour qu'elle ait le temps de sentir approcher un danger, la Bête termina avec délice son repas; sans prendre soin toutefois de cacher la charogne avant de repartir en chasse.

     

    Recherche

    La Bête huma le vent. Il portait une odeur de sang. Pas le sang de la proie qu'elle avait abattue quelques heures plus tôt, celle-là était déjà froide; elle ne dégageait plus d'odeur.
    C'était une odeur de sang chaud.
    La Bête retint un grondement. Du mauvais sang, sali et souillé. Il n'avait plus rien de ce qu'il aurait dû avoir. Il sentait la mort.

    La Bête avançait entre les ronciers des sous-bois, silencieusement. Des créatures étaient entrées dans la forêt. Des créatures qui n'y étaient jamais venues.
    La source de l'odeur qui effleurait les narines de la Bête se faisait de plus en plus proche. Peut-être l'atteindrait-elle avant l'aube.

     

    Une piste de cadavres

    L’odeur du sang menait d’une charogne à l’autre. La Bête inspecta celle-ci comme les deux précédentes : une sorte de loup, ou de chien, au poil noir et sale, lamentablement empalé sur quelques branches saillantes, ou le crâne fracassé contre une pierre au fond d’un fossé de terre molle.  

    La Bête ignorait combien encore de charognes déchiquetées elle trouverait sur son chemin, mais l’odeur du mauvais sang emplissait ses narines. Il n’était pas question de les laisser courir impunément. Ces créatures n'avaient rien à faire là, n'auraient pas du se trouver là.  Elles ne se promenaient pas : elles chassaient quelque chose. Encore fallait-il découvrir de quoi il s'agissait… et la Bête n'y manquerait pas.