• Le Treizième Conte, de Diane Setterfield

     

    Roman anglais du vingt et unième siècle, le Treizième Conte, de Diane Setterfield, nous plonge dans l’intemporalité des librairies, des ruines abandonnées, des maisons isolées sur la lande, des secrets de famille, et des contes. C’est un roman plein de débuts et plein de fins, plein de fantômes, plein de questions et pleins d’histoires. Il appartient à ce genre de romans qu’il faudrait recommencer quand on a lu la fin, et peut-être relire encore pour y trouver tous les indices. C’est un livre au croisement entre une enquête de Sherlock Holmes, un roman de Jane Austen, et un conte. Tout s’y mélange et tout s’y croise, sans pourtant que cela entame l’unité, la pureté de l’ensemble.

     

    Vida Winter, romancière à succès depuis son premier livre Treize contes de la métamorphose et du désespoir, atteint l’âge où sa carrière et sa vie vont du même coup se terminer. Pourtant habituée à raconter une histoire différente à chaque fois qu’on lui demande de parler de sa vie, elle contacte Margaret Lea, fille de libraire dont le métier consiste principalement à déchiffrer de vieux manuscrits, afin que celle-ci l’aide à rédiger son autobiographie. Pourquoi elle particulièrement ? Et quels secrets garde la plus grande romancière de son siècle pour n’avoir jusqu’alors rien révélé de son passé ? Mais surtout… que raconte le treizième conte, que l’auteure n’a jamais publié ?

     

     

    Extraits (ne racontant rien de très important) :

    Le Treizième Conte, p418 à 421 (pocket) Chapitre « Tout le monde a une histoire »

    […] Le docteur Clifton vint me voir. Il m’ausculta et me posa des tas de questions. « Insomnies ? Sommeil Irrégulier ? Cauchemars ? »

    Par trois fois, j’acquiesçai de la tête.

    « C’est bien ce que je pensais. »

    Il prit un thermomètre et me demanda de me le mettre sous la langue, avant de se lever et d’aller à la fenêtre. « Et que lisez-vous ? » me demanda-t-il, le dos tourné.

    Avec le thermomètre dans la bouche, je pouvais difficilement répondre.

    « Les Hauts de Hurlevent… vous avec lu ?

    « – Hm-m…

    « – Et Jane Eyre ?

    « – Hm-m…

    « – Raison et sentiment ?

    « – Mm-m… »

    Il se retourna et me regarda, l’air grave. « Et ces livres, je suppose que vous les avez lus plus d’une fois ? »

    Je hochai la tête, et il fronça les sourcils.

    « Lus et relus ? À de nombreuses reprises ? »

    Nouveau hochement de tête. Et froncement de sourcils plus prononcé.

    « Depuis l’enfance ? »

    J’étais déconcertée par ses questions, mais le sérieux de son regard m’obligea à acquiescer une nouvelle fois.

    Sous ses sourcils noirs, ses yeux s’étrécirent jusqu’à n’être plus que deux petites fentes. Le genre d’homme, me dis-je, capable d’effrayer ses patients au point de leur faire recouvrer la santé, histoire de se débarrasser de lui.

    Puis il se pencha vers moi pour lire le thermomètre.

    Vus de près, les gens ont l’air très différents. Un sourcil noir reste un sourcil noir, mais on en distingue chacun des poils, et la façon dont ils sont alignés. Les derniers sourcils, très fins, presque invisibles, partaient en direction de sa tempe, pointés vers la coquille d’escargot de son oreille. Le grain de sa peau était piqueté de poils de barbe très rapprochés. Et à nouveau, presque imperceptible, cette dilatation des narines, cette contraction nerveuse de la bouche. J’avais toujours pris cela pour une marque de sévérité, un indice du peu d’estime dans lequel il me tenait ; mais maintenant que je voyais ces détails de si près, il me sembla qu’ils n’étaient peut-être pas finalement signes de désapprobation. Se pouvait-il que le docteur Clifton soit secrètement en train de se moquer de moi ?

    Il me tira le thermomètre de la bouche, croisa les bras, et rendit son diagnostic. « Vous souffrez du mal qui affecte généralement les femmes à l’imagination romanesque. Au nombre des symptômes, on peut citer les évanouissements, la fatigue, la perte d’appétit, la dépression. On serait tenté d’attribuer la crise à une sortie sous une pluie glacée sans protection imperméable adéquate, mais il est probable que, à un autre niveau, plus profond, c’est un choc émotionnel qui en est la cause. Toutefois, contrairement aux héroïnes de vos romans préférés, votre constitution n’a pas été affaiblie par les conditions de vie difficile des siècles précédents. Pas de tuberculose, pas de polio dans l’enfance, pas d’environnement insalubre. Vous survivrez. »

    Il me regarda droit dans les yeux, et je fus incapable de détourner les yeux quand il me dit : « Vous ne mangez pas assez.

    « – Je n’ai pas faim.

    « – L’appétit vient en mangeant », dit-il en français.

    Je traduisis, et il me répondit : « Tout juste. Votre appétit reviendra. À condition que vous fassiez vous-même une partie du chemin. Il faut que vous le vouliez. »

    Ce fut à mon tout de froncer les sourcils.

    « Le traitement n’a rien de compliqué : mangez, reposez-vous et prenez ceci…, dit-il en écrivant trois lignes sur son bloc, avant d’arracher la page et de la poser sur la table de chevet, et la fatigue et la sensation de faiblesse auront disparu en quelques jours. » Il se saisit de sa mallette, dans laquelle il rangea son stylo et son bloc. Puis, au moment de se lever pour partir, il hésita : « J’aimerais vous poser quelques questions à propos de ces rêves que vous faites, mais j’imagine que vous ne voudrez pas y répondre…

    « –Vous imaginez bien, dis-je, en le regardant d’un œil froid.

    « – Je m’en doutais », dit-il, l’air déconfit.

    Arrivé à la porte, il me salua, et partit.

    Je consultai l’ordonnance. D’une écriture vigoureuse, il avait inscrit : Sir Arthur Conan Doyle, Les aventures de Sherlock Holmes. Prendre dix pages, deux fois par jour, jusqu’à épuisement du stock.

     *

    Le Treizième Conte, p.424 (pocket), Chapitre « jours de décembre »

    […] Le troisième jour, me sentant aussi fragile qu’un nouveau-né, je me levai. Quand je tirai les rideaux, ma chambre fut inondée d’une lumière fraîche et claire. Dehors, sous un ciel d’un bleu éclatant, le jardin étincelait de givre. Comme si, pendant ces longues journées de temps couvert, la lumière s’était accumulée derrière les nuages et que, une fois le ciel dégagé, il n’y avait plus rien maintenant pour l’empêcher de se déverser et, ce faisant, de nous gratifier en un seul jour de deux semaines de soleil. Eblouie, je clignai des yeux et sentit un frisson de vie recommencer à circuler lentement dans mes veines.

    Avant le petit déjeuner, je sortis. À pas compté et prudents, je fis le tour de la pelouse, Shadow sur mes talons. Le sol craquait sous mes pas, et partout le soleil miroitait sur le feuillage givré. L’herbe blanchie retenait l’empreinte de mes chaussures, mais à mes côtés, Shadow, qui marchait comme un fantôme maniéré, n’y laissait aucune trace. Au début, l’air froid et sec m’attaqua la gorge comme une pointe de couteau, mais petit à petit il me ragaillardit, et l’euphorie me gagna. Néanmoins, je ne prolongeai pas ma promenade au-delà de quelques minutes ; les joues brûlantes, les doigts rosis de froid et les orteils douloureux, je fus heureuse de rentrer, et Shadow plus encore de m’emboîter le pas. D’abord le petit déjeuner, puis la banquette de la bibliothèque, un bon feu dans la cheminée, et quelque chose à lire. […]

     

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